Blockbuster

Dominique prend place dans son fauteuil. Ce soir, le film fait nourrir beaucoup d’attente chez les spectateurs. Il faut dire que le casting est particulièrement prestigieux. Tout le monde prend place en se délectant à l’avance de l’alléchant programme de ce vendredi soir.

Le noir s’installe. Ca va commencer. Le générique est magnifique. Les effets spéciaux signés Hamid-Luc Besson plongent le spectateur conquis dans l’ambiance. Les acteurs défilent.

Il y a Thomas Jane Prost (Predator), le cultissime Valdelicio Joaquim Phoenix, Kevin Hart Mondésir. Il y a aussi l’anachronique mais ô combien précieux Chorlie Max Choplin.

Mais Dominique se méfie. Un casting de rêve ne signifie pas forcément que le film sera bon. On a déjà vu bien des nanars richement dotés en acteurs de renom ! « Attention, je me rappelle du Bûcher des Vanités de Brian de Palma avec Bruce Willis, Tom Hanks et Melanie Griffith. Ca promettait et bien pourtant… que c’était mauvais ! »

Le réalisateur, volontairement resté dans l’anonymat doit probablement être une pointure. Dominique a sa petite idée. Au vu du début du film, ça ressemble à du Scorcese. L’histoire met aux prises deux gangs rivaux qui vont s’affronter à mains nues, armés d’une seule balle orange. D’un côté, les Foirest boys, de l’autre les hommes de Leonardo Di Castano.

Les Foirest boys sont très agressifs et prennent le dessus. La première moitié du film est définitivement en leur faveur. Dominique a pris fait et cause pour ceux qu’on surnomme UJAP, des morts de faim qui jettent toutes leurs forces dans la bataille.

Tout d’un coup, un doute l’assaille quant à l’identité du réalisateur. Le film part dans la stratosphère cinématographique avec une telle élégance. Il doit y avoir du David Lynch là-dessous !

Mais pas du tout ! Alors que l’acteur Bernard King réduit ses adversaires à un rang de faire-valoir, avec une tchache de crooner, Dominique pencherait plutôt pour un grand Spike Lee.

Mais voilà, alors que les Foirest boys semblent l’emporter en toute logique, en ayant en prime attiré l’admiration de tous les spectateurs présents dans la salle, les gars de Leonardo Di Castano, laissés pour morts peu avant la fin se mettent à leur marcher dessus, comme des morts-vivants. La violence monte d’un cran. C’est du Stanley Kubrick !

Le dénouement du film est là. Il se résume à un duel opposant Kevin Hart Mondésir à un adversaire. La scène démarre superbement. Kevin fonce pour parachever la suprématie des siens. Gros plan, travelling arrière, il s’élève… c’est beau, grandiose. Mais tout à coup patatras ! Le preneur de son passe dans le champs de la caméra travelling, il fait tomber sa perche sur la caméra gros plan serré. Celle-ci dégringole et fait tomber trois spots sur l’acteur vedette Kevin Hart Mondésir !!!

Non mais quelle blague !

Les spectateurs sifflent. Le réalisateur n’a pas jugé utile de retourner la scène. Dominique ne cherche plus à deviner son nom. Il comprend pourquoi celui-ci avait souhaité rester anonyme et espère qu’il le restera. Les critiques sont unanimes. Ce film fut magnifique mais il finit en eau de boudin.

Vendredi prochain sort un autre blockbuster qui promet d’avantage encore. Gageons que la fin sera de meilleure facture !

UJAP - Orléans